
Bruno Balestrini (1932-2017), photographe milanais spécialisé dans la sculpture et l’architecture, a constitué en plus de cinquante ans une archive considérable. Dès 1995, il la publiait lui-même sur thais.it, l’un des premiers sites italiens consacrés à l’histoire de l’art, primé à plusieurs reprises à la fin des années nonante. Construit avec les outils de l’époque, le site avait vieilli, et son nom de domaine est aujourd’hui utilisé par un site sans rapport.
brunobalestrini.org reprend l’intégralité de ce fonds dans un site neuf, rapide et durable, en italien, en anglais et en français.
Le site en chiffres
- 10 collections : sculpture italienne, architecture, grands cycles picturaux, villes italiennes, arts appliqués, itinéraires, botanique, entomologie, malacologie, minéralogie
- 4 513 pages par langue, soit 13 539 pages en ligne
- 672 sculptures, 212 artistes et 95 lieux de conservation indexés
- 1 796 fiches d’architecture réparties en 9 aires, de l’Égypte au roman lombard
- 532 fiches d’entomologie, 266 de malacologie, 101 de céramique, 54 de minéralogie
- 17 monographies de grands cycles picturaux (Pisanello, Mantegna, le Caravage…)
Le point de départ : 12 000 pages des années 2000
L’ancien site comptait plus de 12 000 pages HTML produites avec FrontPage, dans des formats différents selon les collections : tableaux bilingues, fiches à blocs colorés, simples légendes. Les encodages de caractères étaient incohérents, certaines fiches n’étaient plus accessibles et les textes anglais d’origine étaient souvent approximatifs.
Le choix technique : un site statique plutôt qu’un CMS
Pour une archive appelée à peu évoluer, WordPress n’était pas la bonne réponse. Le site est généré à partir de catalogues de données (un par collection) et de modèles de pages. Le résultat : des pages HTML simples, sans base de données ni extension à mettre à jour.
- Sécurité : rien à pirater côté serveur, aucune mise à jour à surveiller.
- Vitesse : pages légères, polices hébergées sur le site, aucun appel à Google ou à un autre service tiers. Mesure Lighthouse sur mobile (test local) : 96 en performance, 100 en accessibilité, bonnes pratiques et référencement.
- Durabilité : du HTML standard, lisible dans vingt ans, hébergé chez Infomaniak, en Suisse.
- Sobriété : ni cookie ni traceur, donc pas de bandeau de consentement.
La contrepartie : chaque modification passe par une reconstruction du site, et non par une interface d’édition. Pour une archive, le compromis est bon. Pour un site d’actualité ou une boutique, WordPress reste plus adapté.
Le processus, étape par étape
- Extraction : des scripts lisent chaque page de l’ancien site et en tirent auteur, titre, période, lieu, technique, texte critique et photo. Rien n’est réécrit ni inventé : les textes sont ceux d’origine.
- Contrôle de complétude : chaque collection est comparée à ses fichiers sources. Ce contrôle a permis de récupérer onze fiches perdues lors du premier traitement, dont le Pluton et Proserpine du Bernin.
- Correction des données : erreurs de saisie et d’encodage corrigées, douze dates manifestement fausses rectifiées avec justification (Raphaël ne pouvait pas dessiner en 1412). Les erreurs incertaines sont signalées, pas corrigées.
- Navigation et recherche : menu complet, plan du site, index par artiste et par lieu, recherche plein texte qui fonctionne sans base de données (Pagefind), dans les trois langues.
- Citation : chaque sculpture et chaque monument a une adresse permanente et un bloc « Comment citer » copiable en un clic, pensé pour les étudiant·e·s et les chercheur·euse·s.
- Traduction : anglais et français, détaillés ci-dessous.
- Mise en ligne : nouveau domaine, hébergement Infomaniak, page de maintenance pendant les mises à jour et manuel de mise à jour pour la suite.
- Relecture par la famille et divers·e·s ami·e·s avant une diffusion plus large.
Trois langues, en toute transparence
L’italien est la langue d’origine. Les versions anglaise et française en sont des copies conformes : mêmes pages, mêmes liens, mêmes images, vérifiés page par page (4 513 comparaisons, aucun écart). Le visiteur est dirigé automatiquement vers sa langue.
Les traductions ont été réalisées avec l’aide de l’intelligence artificielle, puis contrôlées :
- l’anglais d’archive a été repris lorsqu’il était fidèle et retraduit dans le cas contraire (contresens, siècles décalés, dates fausses) ;
- plusieurs centaines de textes par langue, tirés au hasard, ont été relus lors d’une passe de contrôle distincte de la traduction, et les erreurs relevées corrigées ;
- la terminologie a été fixée : villes et artistes sous leur forme française (Florence, Michel-Ange, le Bernin), édifices et musées en italien (Galleria Borghese), titres d’œuvres consacrés (La Joconde).
Chaque page traduite le signale et renvoie à la version italienne.
L’ancien site conservé
L’archive thais.it d’origine reste consultable sous brunobalestrini.org/archivio-thais/, débarrassée de ses publicités et traceurs, et exclue des moteurs de recherche. Une page « Histoire du site » retrace son parcours : création en 1995, prix « Angelo di Raffaello » en 1999, distinction de l’Art History Webmasters Association en 2000.
Le rôle de l’IA dans ce projet
Extraire des milliers de fiches et produire deux traductions complètes aurait demandé des mois de travail, hors de portée d’un projet familial et non commercial. Ici, l’IA a écrit les scripts d’extraction, assemblé le site et produit les premières traductions.
Le travail humain a représenté environ une semaine, soit 40 à 45 heures, en grande partie invisible. Il a d’abord été intellectuel : des soirées de réflexion pour concevoir l’architecture du site, décider de l’organisation des collections, imaginer des fiches dotées d’adresses permanentes et d’un bloc de citation, et faire de cette archive un outil de travail pour les étudiant·e·s et les chercheur·euse·s plutôt qu’une simple galerie.
Il a ensuite consisté à guider l’IA étape par étape : fixer les priorités, formuler les consignes et les demandes de recherche, relire chaque résultat, repérer les erreurs et faire reprendre les correctifs autant de fois que nécessaire. S’y ajoute tout ce que l’IA ne peut pas faire seule : retrouver et trier les archives sur les anciens disques durs, traiter les images, rassembler les fiches, les documents d’époque et l’historique du site. La conception, les choix éditoriaux et la responsabilité du résultat sont humains.
Un site appelé à évoluer
Le site n’est pas figé. Les retours de la famille, les photos retrouvées depuis et la relecture des textes viendront l’enrichir. D’autres outils pour la recherche sont à l’étude : filtres par période, aire ou lieu, export des catalogues, données structurées pour les moteurs de recherche. La structure a été pensée pour accueillir ces ajouts sans rien casser : les adresses de citation restent valables, quelles que soient les évolutions.
L’espagnol et le portugais, parmi les langues les plus parlées au monde, pourraient suivre : la mécanique de traduction est déjà en place. Ces versions ne seront toutefois mises en ligne qu’après une relecture humaine. Vous maîtrisez l’une de ces langues et seriez prêt·e à relire quelques pages, pour vérifier que l’ensemble tient la route ? Écrivez-moi.
Site : brunobalestrini.org
Vous avez une archive, une collection ou un fonds documentaire à mettre en valeur ? Parlons-en.
